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SAMEDI 3 DÉCEMBRE 2011 à 20H30
Pièce pour un homme seul

De Gérard Savoisien
Mise en scène Eric Rouquette
Avec David Arveiller
DJ (Don Juan Tenorio, Dom Juan, Don Giovanni, Don Juan, etc.) revient des enfers une nouvelle fois pour faire ses fredaines.
Mais l'époque a changé. Nos contemporaines sont plus libres et la séduction ne leur suffit plus. De nos jours, l'ombre propice aux amours cachées a été remplacé par le feu des projecteurs de l'étalage médiatique.
Plus ennuyeux encore, la crise étant passée par là, DJ a perdu son fidèle valet Sganarelle. Sans souffre-douleur, sans témoin horrifié de ses aventures éphémères, il n'est plus qu'une partie de lui-même et surtout n'a plus goût à la "chose". Il se met en quête d'un nouveau serviteur, expert en relations publiques. Parviendra-t-il à retrouver cet ami-ennemi qui, avec ses remontrances lui permettrait de recouvrer sa superbe ?
Il faudra qu'il accepte qu'être jouisseur et libertin n'est plus son apanage, et que c'est devenu le lot commun. Tout le monde à sa façon est de nos jours un Don Juan.
Le véritable y survivra-t-il ?
Critique
'DJ', des initiales qui ont aujourd’hui perdu de leur superbe et ne renvoient plus au mythe, célèbre depuis Molière puis Mozart, repris par les poètes et les écrivains de toutes les époques, épris de ce personnage sans vertu précipité aux enfers. C’est justement de ce lieu ténébreux que Don Juan ressurgit en 2011 ! Tout se joue alors dans cette confrontation comique, un brin cynique, un soupçon philosophique, souvent poétique, d’un homme d’un autre siècle, un séducteur, un flagorneur, un menteur égoïste et vil, face à notre société actuelle, à ses travers, ses dérapages, sa solitude et son désordre qui risquent de mettre Don juan en présence d’un ersatz de lui–même. David Arveiller qui endosse ce rôle seul sur scène, a le talent d’être son personnage avec beaucoup de finesse. Il se prend au jeu, s’exécute en beauté sur une scène dénudée qui ne laisse place qu’au texte dont il faut savourer chaque réplique pour qui n’a pas peur d’entendre un peu de vérité amère sur le monde qui nous entoure et dont nous jouissons, consciemment ou non. Don Juan ne nous épargne rien, il apostrophe et joue avec le public, triomphe, s’amuse, pleure. Il nous trompe mais à la fin que restera-t-il de ce mythe face à une société dont la perversion et les codes risquent de stupéfier celui qui était la figure de tous les vices? Chutera-t-il pour autant de son piédestal? Une réflexion, un questionnement, un chemin à parcourir à rebours pour comprendre que « C’est une chose étrange à la fin que le monde » comme le titre Jean d’Ormesson dans son dernier opus, lui qui apprécierait peut-être cette mise en perspective ironique d’un temps présent où le « faire savoir » remplace trop souvent le « savoir faire ». David Arveiller est un homme qui sait suffisamment jouer de son charme pour incarner parfaitement ce Don Juan dérouté, que même Sganarelle dit « Sganaporello » ici en référence au valet Leporello du Don Giovanni de Mozart, a quitté. Face au public, à sa conscience, il ne lui reste plus qu’à faire le constat amer de sa condition : il n’est plus unique, il est multiple et c’est avec cela qu’il doit composer un nouveau personnage aux prises des divergences et des écueils de notre époque. L’écriture de Gérard Savoisien est perspicace et le jeu du comédien un régal. Un show pour un homme seul, plein de belles surprises.
Fanny Lasserre
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